LA
FISCALITE DANS LES REGIONS et LES DEPARTEMENTS
avec
la DECENTRALISATION par
André HANOUN
Deux
fois par an, en recevant l’avertissement relatif à la taxe d’habitation et
à l’impôt foncier, le français moyen peut apprécier l’ampleur des dégâts
causés par ces deux impositions sur son budget personnel.
2006
n’a pas dérogé à cette règle.
En
remontant le fil des ans, se dégage l’évolution suivante :
| Foncier | Département | Région | Taxe d'habitation (Département) | |
| 2003 | - | + 5,31 % | + 3,70% | + 5,70% |
| 2004 | - | + 1,68% | Elections | + 1,20% |
| 2005 | - | + 8,26% | + 32,14% | + 8,28% |
| 2006 | - | + 11,45% | + 24,32% | + 11,48% |
| Totaux | - | 26,70% | 60,16% | 26,66% |
soit
60,16% d’augmentation de la cotisation régionale,
basée sur l’impôt foncier de 2003 à 2006 ; 53,36%
de hausse des cotisations départementales basées sur la taxe
d’habitation et le foncier.
Suivant
une tradition solidement établie, on peut supposer que les impositions ne
changeront pas en 2007, année électorale.
Il
est souvent affirmé que ces augmentations annuelles se soldent, en définitif,
par quelques euros par foyer.
Les
intéressés répondent qu’elles s’ajoutent à d’autres majorations tout
au long de l’année, provoquant, ainsi, une érosion réelle du pouvoir
d’achat.
Les
collectivités concernées justifient cette situation par les conséquences de
la décentralisation qui voit, chaque année, l’Etat transférer aux régions
et départements, la gestion des services publics : routes, lycées et collèges,
ports, personnels divers, etc… sans leur attribuer les recettes
correspondantes inscrites au budget du pouvoir central.
Les
mesures de décentralisation décidées à partir de 1982 répondaient à une
logique admise par tous.
Il
s’agissait de permettre aux collectivités territoriales de prendre, sur le
terrain, des décisions concrètes et rapides en fonction des besoins réels des
populations.
A
partir d’une intention louable, l’Etat a vite compris qu’il pourrait,
ainsi, se débarrasser de dossiers lourds en allouant des crédits ne
correspondant pas à l’allègement de ses dépenses, en agissant sans aucune
transparence, utilisant la procédure de la dotation globale.
Dans
cette nouvelle situation, le pouvoir central s’offrait le luxe de diminutions
spectaculaires de l’impôt sur le revenu en faveur des contribuables favorisés.
Le
processus s’est accentué à partir de 2002.
L’obligation
de gérer de nouvelles structures transférées par l’Etat a conduit les
collectivités territoriales à voter des ressources nouvelles en ayant recours
à la fiscalité (cf tableau).
Les
régions, dirigées dans leur ensemble par les socialistes depuis les élections
de 2004, ont été rapidement accusées par le gouvernement, entre les mains de
la droite depuis 2002, d’augmenter les prélèvements obligatoires : en
politique, tous les coups sont bons….
Il
appartient aux collectivités intéressées de prouver, concrètement, le décalage
existant entre les charges nouvelles et la dotation budgétaire allouée par
l’Etat.
Le
président de la gauche l’a fait dans la Tribune Libre de la revue du Conseil
Général du Var n°115 de mars 2007, dans un large exposé qu’il faudrait
citer dans sa totalité, tant il est convainquant par les exemples précis
qu’il évoque.
Le
Conseil Général du Var, géré par la droite, s’est, semble-t-il, bien gardé
de réagir à cette démonstration.
Pourtant,
certains transferts concernent des secteurs en pleine évolution, comme la
gestion du RMI, l’aide aux personnes âgées ou l’entretien du réseau
routier quelque peu négligé ces dernières années.
Confrontées
à une situation difficile, au regard de leurs nouvelles obligations, face aux réactions
des contribuables sollicités de toutes parts, les collectivités territoriales
vont devoir se pencher sérieusement sur le problème des investissements :
en premier lieu, leur nécessité, les choix au regard des besoins réels des
populations, de leur coût ensuite, tant au départ qu’à leur réalisation.
Dans
une époque où la course à l’investissement est lancée pour moderniser les
structures existantes, favoriser la lutte pour l’emploi, on assiste à
l’ouverture effrénée de chantiers à travers le pays.
Le
choix, l’opportunité de la dépense, sont parfois discutables.
Le
projet de La Ligne à Grande Vitesse à travers la Région Sud-Est, avec sa
conception, son coût, ses incidences sur l’environnement, disproportionné
avec ses avantages, constitue un exemple concret et une incitation à veiller à
une utilisation plus rationnelle de l’argent public.
Le
contribuable a tout lieu d’être inquiet pour l’avenir de ses enfants et
petits enfants.
Chaque
jour, le français moyen peut apprécier l’opportunité des travaux décidés
en principe (souvent sans concertation) pour satisfaire ses besoins.
Leur
réalisation traîne en longueur, la vie quotidienne de chacun en est perturbée.
Les
entreprises préfèrent disperser moyens techniques et personnels plutôt que
d’embaucher pour lutter contre le chômage.
De
leur côté, les collectivités acquièrent des locaux importants avec le
personnel correspondant qualitativement et quantitativement.
Les
Régions possèdent leur antenne dans chaque département.
Les
économies ne sont pas à l’ordre du jour.
Dans
la rubrique « Dépenses », on relève la part de plus en plus
importante prise par les subventions votées en faveur d’associations
diverses, de manifestations sportives ou culturelles, payées par le
contribuable, avant de l’être par l’usager.
On
peut craindre qu’un certain clientélisme apparaisse dans la distribution des
deniers publics.
Vastes
problèmes, rapidement évoqués mais qui mériteraient une attention plus
responsable de la part des élus des structures en cause.
La satisfaction d’une part, le développement de l’esprit civique des citoyens appelés aux urnes, d’autre part, est à ce prix..